Expulsion from Grand Pré
by Robert Dafford

     
   

Dernière mise-à-jour : 2008-03-30

Site crée et maintenu par
The Bourque Group


 

 

 

   
SOUVENIRS DU CONGRÈS MONDIAL ACADIEN DE 2004
   
 

Accompagné de mon épouse Angèle, de ma soeur Rosaline et d'une amie, j'ai eu la joie d'assister à la réunion de la famille Bourg/Bourque à Tousquet Nouvelle-Écosse les 6 et 7 août 2004. Ce fut une réussite à tout pooint de vue. Barbara Bourque-Pothier et son équipe nous avaient organisé une de ces fêtes dont on parlera longtemps. Voici quelques images ainsi qu'un texte que Rosaline a publié dans la Terre de Chez Nous.

 
     
     
 
     
 
     
 
     
 

 

Antoine et Antoinette

Rosaline Ledoux, journaliste à La Terre de Chez Nous

Je n'ai pas souvent dans ma vie pensé à Antoine et Antoinette. Je n'ai jamais vu leurs photos, jamais su la couleur de leurs yeux, mais ce que je sais c'est que sans eux je ne serais pas ici. Ces deux héros, par ce qu'il fallait avoir l'étoffe des héros pour s'embarquer sur des coquilles de noix, traverser l'océan pendant des semaines et des semaines pour aborder un nouveau pays dont on ne connaissait aucune des apparences et des habitudes.

Antoine Bourg et Antoinette Landry étaient nés dans un petit village de France, Martaizé dans le Poitou. Ils firent partie d'un des premiers contingents de colons à venir s'établir en Acadie, vers 1642. Ils abordèrent dans une des plus belles régions du Canada que l'on appelle aujourd'hui la Vallée d'Annapolis. À l'époque, leur lot était situé en face de Port-Royal. Antoine et Antoinette n'avaient pas lu le Livre du colon, mais ils savaient se débrouiller. Ils firent souche et eurent 11 enfants qui tous se sont mariés et eurent de grosses familles. Ce sont les ancêtres de tous les, Bourg, Bourque, Bourk et Bourke d'Amérique.

L’été dernier, la Nouvelle-Écosse fut envahie par toutes ces familles issues d'Acadiens qui viennent fraterniser dans les villes et villages de la péninsule. Tous les LeBlanc, Daigle, Bourgeois, Bergeron et compagnie se rencontrent dans ce Congrès mondial acadien et se dispersent dans l'un ou l'autre des villages de la province où flotte le drapeau acadien dans des lieux où l’on aurait jamais pensé en voir. La Nouvelle-Écosse ne comporte qu'une faible minorité de souche acadienne, environ 8 % aux derniers recensements. Ce n'est pas le Nouveau-Brunswick, devenu province bilingue où plus du tiers des habitants sont Acadiens.

Le lieu de rassemblement, des Bourg était un petit village nommé Tusket, près de Yarmouth dans le sud-ouest de la province. Même si les beaux villages de la côte portent des noms français, le rassemblement révélait un fort taux d'anglicisation des participants. L'anglais est la langue d'usage et ceux qui parlent français ne le font pas publiquement. Mais le lendemain, un grand rassemblement de plus de 1000 personnes qui comprenait des gens .de tous les coins d'Amérique, le français était plus répandu. Nous avons fait connaissance avec des Bourque de Louisiane, de Chicago, de Los Angeles, nous avons mangé de la râpure (mélange .de pommes de terre, d'oignons et d'un peu de viande) et de la jambalaya (plat louisianais à base de riz fort assaisonné). La musique était reine et les chansons acadiennes succédaient aux danses traditionnelles. J'ai eu un moment d'émotion en entendant la si belle mélodie de Viens voir l'Acadie, le pays où l'on chante. Une chanson de notre regrettée Françoise Gaudet-Smet.

Une occasion en or pour tous les fervents de généalogie qui échangent leurs dernières trouvailles; c'est ainsi que nous avons pu apprendre le lieu où avaient vécu Antoine et Antoinette au fond de la baie d'Annapolis. Par un clair matin où la baie éclatait de toute sa brillance, nous avons sonné à la porte de la maisonnette juchée sur ce qui était la terre des Bourg. Un moment de recueillement pour ceux qui un mauvais matin ont dû fuir les diktats des gouvernants anglais, laissant leur terre fertile, leurs animaux et tout ce qui faisait leur sécurité. Avertis par la rumeur qu'une déportation était imminente, plusieurs familles s'enfuirent dans les bois pour échapper au sort des malheureux parqués sur des navires si mal en point que beaucoup sombrèrent. Avec un groupe de fuyards aidés des Indiens avec lesquels les Français avaient, contrairement aux Anglais, toujours entretenu de bonnes relations, ils parvinrent à franchir le Nouveau-Brunswick. Après d'infinis tourments, ils rejoignirent Québec pour ensuite en 1759 remonter le Saint-Laurent pour poser pied en face des Trois- Rivières dans un lieu appelé Saint-Grégoire maintenant Ville de Bécancour.

Ils y ont apporté leur savoir-faire, leur adresse et leur détermination. On peut se demander si les Anglais qui ont décidé de la déportation n'ont pas finalement contribué au rayonnement d'un peuple. Qui aujourd’hui parlerait des Acadiens s’ils avaient continué de vivre dans leur coin entourés d’anglophones? Aujourd'hui les Cajuns, les Cayens, les Acadiens sont partout en Amérique; ils ont fondé des villes, gouverné des provinces et produit des artistes et des artisans. Les malheurs d'Acadie, incarnés par l'Évangéline de Longfellow, ont pénétré les cœurs d'un mythe profond qui ne saurait mourir. Antoine Bourg et Antoinette Landry qui avez engendré des dizaines de milliers de descendants, je vous revois dans mon grand-père Johnny Bourke et ma grand-mère Mathilde Bourke qui à eux seuls ont engendré près de cent petits Bourg. Nous sommes d'une race qui ne peut pas mourir.